mercredi 23 juillet 2014

Poésie / Jacques Prevert et l'Amour

Jacques Prevert est mon poète préfèré, car il a cette façon simple et belle d'écrire la vie sans remord et sans gène .
Pas de poèmes longs et compliqués qui en perdent beaucoup au bout de quelques lignes du fait de références bibliques ou mythologique.
Non, rien de tous cela . 
Prevert écrit , compose , de la même façon qu'il pourrait parler avec vous à un café . 
C'est frais, c'est léger , c'est triste aussi parfois. On ressent parfois de l'amertume dans ses poèmes , mais il subsiste toujours un je ne sais quoi, qui n'affadit pas la gravité du sujet.


Le jardin 

Des milliers et des milliers d'années  
Ne sauraient suffire  
Pour dire  
La petite seconde d'éternité  
Où tu m'as embrassé  
Où je t'ai embrassèe  
Un matin dans la lumière de l'hiver  
Au parc Montsouris à Paris  
A Paris  
Sur la terre  
La terre qui est un astre.  

  
Chanson 

Quel jour sommes-nous  
Nous sommes tous les jours  
Mon amie  
Nous sommes toute la vie  
Mon amour  
Nous nous aimons et nous vivons  
Nous vivons et nous nous aimons  
Et nous ne savons pas ce que c'est que la vie  
Et nous ne savons pas ce que c'est que le jour  
Et nous ne savons pas ce que c'est que l'amour. 



Les enfants qui s'aiment 

Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s'aiment
Ne sont là pour personne
Et c'est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s'aiment ne sont là  pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour.



A toi mon amour 

Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour
Et puis je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
mon amour.



Cet amour 

Cet amour  
Si violent  
Si fragile  
Si tendre  
Si désespéré  
Cet amour  
Beau comme le jour  
Et mauvais comme le temps  
Quand le temps est mauvais  
Cet amour si vrai  
Cet amour si beau  
Si heureux  
Si joyeux  
Et si dérisoire  
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir  
Et si sûr de lui  
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit  
Cet amour qui faisait peur aux autres  
Qui les faisait parler  
Qui les faisait blémir  
Cet amour guetté  
Parce que nous le guettions  
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié  
Parce que nous l'avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié  
Cet amour tout entier  
Si vivant encore  
Et tout ensoleillé  
C'est le tien  
C'est le mien  
Celui qui a été  
Cette chose toujours nouvelles  
Et qui n'a pas changé  
Aussi vraie qu'une plante  
Aussi tremblante qu'un oiseau  
Aussi chaude aussi vivante que l'été 
Nous pouvons tous les deux  
Aller et revenir  
Nous pouvons oublier  
Et puis nous rendormir  
Nous réveiller souffrir vieillir  
Nous endormir encore  
Rêver à la mort  
Nous éveiller sourire et rire  
Et rajeunir  
Notre amour reste là  
Têtu comme une bourrique  
Vivant comme le désir  
Cruel comme la mémoire  
Bête comme les regrets  
Tendre comme le souvenir  
Froid comme le marbre  
Beau comme le jour  
Fragile comme un enfant  
Il nous regarde en souriant  
Et il nous parle sans rien dire  
Et moi j'écoute en tremblant  
Et je crie  
Je crie pour toi  
Je crie pour moi  
Je te supplie  
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s'aiment  
Et qui se sont aimés  
Oui je lui crie  
Pour toi pour moi et pour tous les autres  
Que je ne connais pas  
Reste là  
Là où tu es  
Là où tu étais autrefois  
Reste là  
Ne bouge pas  
Ne t'en va pas  
Nous qui sommes aimés  
Nous t'avons oublié  
Toi ne nous oublie pas  
Nous n'avions que toi sur la terre  
Ne nous laisse pas devenir froids  
Beaucoup plus loin toujours  
Et n'importe où  
Donne-nous signe de vie  
Beaucoup plus tard au coin d'un bois  
Dans la forêt de la mémoire  
Surgis soudain  
Tends-nous la main  
Et sauve-nous.



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